L'événement : la promolibre de Carrefour
Source : prospectus Carrefour - à partir du 23 février - LSA - 25 février 2010
De quoi s'agit-il ? toutes le semaines, Carrefour rembourse (en cagnotte) un produit sur 3 (le moins cher) dans une catégorie déterminée : le petit déjeuner la 1ère semaine, l'hygiène-beauté en 2ème semaine, etc. C'est le principe de la "promo libre": le shopper ne se voit plus imposer les produits en promotion, c'est lui qui les choisit. L'opération porte aussi sur le non-alimentaire avec des modalités différentes : le produit préféré à - 20 % (le petit électro-ménager, semaine 1 , le gros électro-ménager, semaine 2).  Les autre rayons continuent à être animés, avec du lot virtuel 3 pour 2 et du 50 % d'économies ( remise immédiate + remise fidélité).
Le dispositif de communication est considérable : TV (1 100 GRP), affichage, matraquage radio, prospectus (6 pages d'explication) internet, théâtralisation point de vente avec flyers et animatrices.
Décryptage promo

Carrefour présente ce nouveau système comme une petite révolution et certains observateurs n'hésitent pas à lui emboîter le pas. La promo libre rappelle furieusement en effet les "produits libres" qui font partie de la mythologie de l'enseigne. Révolution donc pour la promotion et martingale pour Carrefour ou nième opération promotionnelle, certes originale et spectaculaire mais éphémère ?
En fait, il faut analyser la pertinence de la question posée, la promotion a-t-elle besoin d'être libérée ? et de la réponse donnée : la promo libre est-elle vraiment libératrice ?
Sur le premier point, il est de bon ton d'affirmer que la promotion est devenue trop compliquée et qu'elle est privative de liberté. C'est un peu trop simple ! En fait la promotion a d'abord été un formidable outil de liberté pour les consommateurs qui ont pu ainsi accéder à de nouvelles formes de consommation. L'idée que la promotion est privative de liberté parce qu'imposée est en soi stupide, les shoppers comprenant parfaitement qu'une promotion a un objectif de développement des ventes et que c'est donc à la marque ou l'enseigne de faire des propositions, le shopper étant libre d'y répondre ou non. Tant que les promotions étaient réalisées par les marques dans le cadre de leurs propres objectifs, tout allait bien.
C'est avec l'arrivée des NIP  que la perception des promotions a été brouillée. Les NIP ont en effet amené de la complexité avec un shopper qui a été amené à analyser les avantages et inconvénients des différents mécanismes et à réaliser des arbitrages variables, selon les enseignes et les périodes. Il y a donc ici un premier facteur de privation de liberté, puisque le shopper est amené à faire des choix, non en fonction de ses besoins, mais des avantages économiques liés aux offres. Deuxième facteur de privation de liberté : les contraintes d'achat en quantités, notamment dans le cadre des lots virtuels. Certaines enseignes ont été très loin en proposant par exemple du 3 pour 2 sur des lots fabricants. Enfin, troisième facteur, les contraintes liées au développement des bons d'achat, remises différées ou cartes cagnottes qui, par définition, réorientent les choix des shoppers, notamment au niveau du choix des enseignes.
En conclusion, on peut donc dire que oui, la promotion a besoin d'être libérée, mais en fait de la complexité des NIP.
Et le premier paradoxe est que l'outil de libération proposé est précisément un nouveau NIP. La première conséquence de son introduction est de rendre l'ensemble du dispositif promotionnel de Carrefour plus complexe. En effet, il s'ajoute dans ce premier prospectus à du 3 pour 2 et à des économies de 50 % (elles mêmes combinaisons de remises immédiates et de remises fidélité ....). Et le péché originel de la promolibre, notamment par rapport au lot virtuel ou au cagnottage, est de ne pouvoir vivre seule puisqu'il ne peut être question de ne pas animer promotionnellement les autres catégories.
Maintenant, la promolibre est-elle en soi libératrice quand il s'agit de choisir des produits dans une catégorie donnée ? Passons sur le fait que la promolibre s'articule sur un mécanisme différent dans le non-alimentaire (20 % de remise immédiate, mais seulement sur l'article le plus cher). Nous en avons fait l'expérience dans la visite de notre Carrefour habituel. Les produits sont bien groupés dans une allée, avec une très bonne signalétique et des animatrices. Maintenant se pose la question du choix des produits en essayant de combiner satisfaction des besoins du foyer et optimisation de l'avantage économique. Et là, ce n'est pas simple, tout d'abord pour une première raison, la non représentation des produits dans le prospectus qui empêche une préparation (même si la liste des produits est présente sur internet). Seconde raison, la perversité du système du moins cher remboursé : la cagnotte réalisée peut baisser en choisissant un nombre plus important de produits, si ceux-ci sont sensiblement moins chers.
Exemple : j'achète 3 produits à 4  €, je réalise une économie de 4 €. Si j'achète 3 autres produits, dont les deux derniers à 2 €, je ne réalise plus qu'une économie de 2 €. Il faut aussi tenter d'acheter des multiples de 3 ... Rien d'aussi simple donc que les images montrées dans les spots TV, avec des shoppers qui remplissent leurs chariots de façon très impulsive.
D'autres problèmes vont bien sûr apparaître : la déclinaison dans les autres enseignes Carrefour (Market, etc.) qui n'ont pas les mêmes possibilités de théâtralisation et qui ne peuvent engager des animatrices. La qualité d'exécution dans le temps quand d'autres priorités vont surgir. Le choix de catégories pertinentes et attractives.
Enfin, question essentielle, quels objectifs poursuit l'enseigne avec ce mécanisme ?
Passons sur les objectifs cachés .... par exemple, montrer aux actionnaires que Carrefour s'active, faire pièce à la garantie promo de Leclerc.
Les deux objectifs promotionnels imaginables sont la création de trafic et la croissance de la catégorie.
L'opération, appuyée par un dispositif publicitaire très fort et sur la curiosité du shopper devrait certainement créer du trafic, mais sans doute peu récurrent. On peut imaginer un boostage de la catégorie pendant l'opération , mais sans effets récurrents aussi ici, puisque le shopper, étant maître de sa décision, va plutôt choisir ses produits habituels, avec un effet stockage probable et ensuite un effet de dépression.
L'objectif de l'opération est sans doute avant tout un objectif de communication. Une enseigne qui respecte ses clients en leur donnant de la liberté, tout en leur permettant de bénéficier d'offres fortes. Mais, notons ici que l'opération n'impactera qu'assez indirectement l'image prix, problème fondamental de l'enseigne.


 
ToysRus offre des bons d'achat séquentiels
Source : prospectus ToysRus - 1er au 27 février 2010
Chaque jour, ToysRUs rembourse 50 % d'un article de puériculture en bon d'achat. L'opération est limitée à un nombre assez restreint d'articles pour l'ensemble des magasins. (200 ou 300 sur le visuel ci-joint).
Le remboursement se fait sous la forme de 4 bons d'achat de même valeur que le shopper pourra utiliser à raison d'un bon par mois (mars, avril, mai, juin).
Les offres sont dispersées dans le corps du prospectus.
A noter que cette offre s'ajoute à des prix barrés souvent très intéressants. D'où l'utilisation de la mention 50 % supplémentaires.
Décryptage promo

L'opération, comparable à celles proposées récemment par Auchan et Carrefour semble pertinente et attractive.
Pertinente sur le plan marketing, puisqu'elle devrait une habitude de fréquentation, liée à l'utilisation des bons. A relativiser toutefois par le nombre faible de produits déclenchant l'offre

Attractive parce que 50 % représentent une somme significative sur des achats souvent supérieurs à 100 €. Mais moins attractive quand on en voit les contraintes : 1 jour défini par article, peu de bénéficiaires et un remboursement en bon d'achat utilisable en quatre fois. Le shopper va -t-il réserver son jour de fréquentation pour aller acheter un produit déterminé, sans certitude de bénéficier de l'offre et avec l'obligation de revenir quatre mois successifs dans un magasin parfois éloigné et sans besoin nouveau d'articles de puériculture ?
Une opération de nature stratégique donc, mais avec des contraintes telles que l'objectif risque de ne pas être atteint.
En fait l'offre n'est que complémentaire à celles des prix barrés. Fallait-il donc rajouter un bonus (50 % supplémentaires) qui cache un peu la proposition principale ? Ce qui risque de la rendre moins efficace.... N'aurait-il pas fallu aussi préférer une offre à bénéfice hédonique et relationnel, bien adapté au contexte d'achat de la puériculture, plutôt qu'un bonus financier, en fait peu accessible ?


 
Carrefour veut préserver les océans avec MSC
Source : prospectus Carrefour - 16 au 23 février

Connétable, Labeyrie, Findus et Carrefour se mobilisent avec MSC pour la préservation de nos océans.
Le MSC est un organisme à but non lucratif qui a pour objectif de reconnaître et valoriser les bonnes pratiques de pêche.
Le shopper est invité à participer à cette action en achetant des produits portant le logo MSC
Cette information est donnée dans une page du prospectus proposant des lots virtuels, deuxième à - 60 %.

Décryptage promo

Cette proposition est l'illustration parfaite d'un mélange des genres !
Que Carrefour souhaite développer une approche responsable dans la gestion de la pêche, c'est pertinent dans le bruit médiatique actuel, et c'est aussi son rôle, puisqu'il doit être un des plus gros poissonniers de France. Qu'il favorise certaines marques en termes de visualisation, c'est très bien.
Maintenant, cette information est donnée dans des pages de promotion hard-selling. N'aurait-elle pas été plus pertinente et efficace dans une communication plus institutionnelle ? Ou alors, n'aurait-il pas fallu développer une opération promotionnelle spécifique impliquant les marques dans cette responsabilité ?
Notons aussi que le logo MSC représenté en haut et à gauche de la page, est différent de ceux utilisés par les marques.


 
Signal reprend les brosses à dent
Source : prospectus Carrefour - à partir du 23 février 2010
Signal propose aux shoppers de ramener leurs brosses à dent usagées et de participer à un jeu, avec une entrée dans un parc de loisirs nature.
L'opération était valable aux heures de présence de l'animatrice le24 février.
Décryptage promo

Armée d'une brosse à dent usagée, nous avons tentés sans succès, de trouver l'animatrice annoncée le 24 mars ....Dommage pour la compréhension de l'opération, l'explication du prospectus n'étant pas un modèle ce clarté.
Soit, la brosse à dent usagée donne droit à un coupon sur l'achat d'une nouvelle brosse, le jeu étant indépendant. Soit, c'est la brosse à dent qui donne directement le droit de participer au jeu. Ce qui serait un mécanisme assez original.
L'idée de reprise de la brosses à dent est de toute façon une idée vraiment pertinente permettant d'accélérer la fréquence d'achat du produit. Nous sommes moins convaincus par la pertinence du thème du jeu : l'hygiène buccale n'ayant pas un rapport direct avec la nature.


 
Une photo dans un décor de princesse
Source : prospectus ToysRus - 1er au 27 février 2010
A l'occasion de la sortie du film "La princesse et la grenouille" et du lancement parallèle de nombreux produits dérivés. ToysRus propose aux petites filles de se faire photographier dans un "décor de princesse".
Décryptage promo

L'idée est excellente. Susceptible de créer du trafic, de faire vendre des produits "princess", mais aussi de faire vivre une expérience mémorisable. Mais les conditions ne sont pas claires. La photo est-elle gratuite, payante, ou soumises à des conditions d'achat. Est-elle rélaisée automatiquement ou par un photographe dans certaines plages horaires ?
L'idée est à reprendre dans d'autres univers  concernant notamment les enfants.


 
Du bon usage de la sémantique promotionnelle
Source : prospectus Monoprix - 3 au 14 février 2010
Ici, deux opérations identiques : en fait un lot virtuel gamme, avec pour trois produits achetés le produit le moins cher offert ou gratuit.
Identiques mais faisant l'objet de communications différentes. Dans le cas du petit Marseillais, l'accent est mis sur "1 produit remboursé", les modalités exactes étant précisées dans la partie droite. L'Oréal essaye de tout mettre dans une seule phrase, mais avec plusieurs tailles de typo.
Dans les deux cas, le produit est présenté comme remboursé immédiatement en caisse.
Décryptage promo

Pour rembourser un produit, il faut que celui-ci ait été préalablement acheté. Ce qui n'est pas le cas ici. En effet, le système de caisse fait parallèlement deux opérations : un débit des trois produits achetés et un crédit du moins cher.
Cette remarque n'est pas seulement faite pour respecter la langue française mais surtout pour permettre une meilleure compréhension. Il est en effet important que le shopper comprenne que le produit n'est pas remboursé ("en différé") mais bien gratuit. Pourquoi donc ne pas dire tout simplement gratuit ou offert ? L'opération n'en sera que plus efficace !
A noter qu'un certain nombre d'ODR font le chemin inverse en présentant comme offert, voire gratuit, un produit en fait remboursé de façon différée. Mais ici avec un problème de communication trompeuse !
 


 
Auchan s'investit dans Solidaime
Source : prospectus  Auchan -3 au 9 février 2010.
Solidaime est une marque transversale proposant des produits de base sur lesquels un montant de l'ordre de 10 % du prix est automatiquement reversé à une œuvre caritative définie sur le pack (Action contre la faim, Handicap International, SOS Village d'enfants, voire, très pertinent, Les chiens guides d'aveugle pour les croquettes pour chien).
Les marques fabricantes apparaissent sous la forme d'une mention "qualité garantie par X (Bonduelle, Vivien Paille, Laita, Alpina Savoie, Continentale de nutrition).
Auchan communique sur 4 pages d'une couleur bien spécifique. 14 produits sont concernés. Les prix sont indiqués mais de façon peu visible.
Décryptage promo

Est-ce de la promotion, dans la mesure où l'offre est permanente ? La gamme utilise bien toutefois une technique promotionnelle de "produit-partage".
On aimerait savoir si les marques participent pour satisfaire une cible spécifique motivée et donc développer leurs ventes, ou si elles font une réelle action de générosité ?
Si la démarche est sympathique, on peut s'interroger sur la rationalité d'une démarche de référencement complémentaire aux marques nationales, MDD et 1er prix.


 
Les Sims offrent 10 € pour leur dixième anniversaire
Source : prospectus Géant - 3 au 13 février 2010
Que faut-il comprendre ? Première interprétation : il faut acheter "Créer un Sim" pour 9,99 €. Ce logiciel permet de créer un avatar. Si vous aimez "Créer un Sim", vous pouvez acheter les Sims 3 à un prix de 19,99 €, moins 10 € offerts, probablement par le moyen d'un BR à valoir.
Mais nous ne sommes sûrs de rien ! "Créer un Sim" est peut-être un logiciel d'essai. En cas de satisfaction, Les Sims 3 bénéficient alors d'une ODR de 10 € ou d'une réduction immédiate de 10 €, qui ramène son prix de 19,99 € à 9,99 €
Décryptage promo

Il y a bien sûr une grande confusion dans cette offre, ce qui n'est jamais un facteur de succès. Confusion au niveau du produit, confusion dans le mécanisme de réduction, directe ou différée. Cela fait un peu beaucoup. D'aucuns argumenteront que la cible visée s'y retrouvera très bien. Peut-être, mais cela n'interdit pas d'être le plus clair possible de façon à favoriser une compréhension rapide. La promotion doit rester simple !


 
Donnez votre visage à votre Danette préférée
Source : e-mailing - 18 février 2010  - http://www.danette.fr/donnezvotrevisage/
Vous choisissez votre Danette préférée, vous choisissez une bonne photo de vous et précisez votre prénom. Et hop, vous envoyez ces informations sur le site Danette.
Si vous êtes sélectionnés par titrage au sort à partir du 23 avril, vous serez l'un des 490 portraits sélectionnés qui illustreront les Danette de la rentrée.
Une contraint juridique à respecter : envoyer par courrier une autorisation d'exploitation de votre image.
Décryptage promo

On ne gagne rien , ... sinon le plaisir de décorer votre pot de Danette préféré avec votre visage. Pas de bénéfice économique donc pour le consommateur, mais un bénéfice hédonique de représentation de soi ! A défaut de devenir célèbre à la télévision, on pourra se dire que des millions de consommateurs auront vu votre visage. Ce n'est pas rien. Dommage qu'une procédure un peu lourde d'autorisation soit nécessaire. Avec cette opération, Danette va entretenir de façon originale la relation avec ses consommateurs et aussi, probablement, bénéficier de buzz.


 
Barilla offre des pinces à Spaghetti
Source : animation des ventes Carrefour - 20 février 2010
Pour l'achat d'un lot de Pâtes et d'un lot de sauce Barilla au choix, plus 10 € d'achat dans la magasin, il vous est offert une magnifique pince à Spaghetti.
(voir visuel ci-joint).
L'opération faisait l'objet d'une animation de ventes dans l'allée pénétrante de Carrefour consacré à l'opération en cours "le 2ème produit à - 60 %".
Décryptage promo

Pourquoi résister à un achat qui vous permet d'obtenir un objet utile et très symbolique de l'art de la consommation des pâtes   ? Nous n'y avons personnellement pas résisté.

Techniquement,  la pince est une prime associée point de vente puisqu'il est nécessaire de dépenser 10 € en plus dans le magasin. Ceci pour respecter la limite de valeur des 7 % (règle qui, rappelons-le, est maintenant dépassée par l'application d'une directive européenne)

La combinaison de cette prime avec l'offre prospectus Carrefour (le 2ème lot à - 60 %) constitue un levier de volume particulièrement performant. Pour bénéficier des deux offres, il faut en effet acheter deux lots de pâtes identiques, soit six paquets et deux lots de sauce (soit 4 bocaux).
Nous voilà stockés pour l'hiver et heureux avec mes deux pinces à Spaghetti !
En termes marketing, cela veut dire que l'opération combinée booste les volumes et s'installe également dans une démarche relationnelle de la marque, sur le thème de la "Pasta Party".


le décryptage de
Philippe Ingold

 
 
 
 
 
 
 
 
 

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